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Des papiers

Ce blog a été créé pour soutenir une famille installée depuis bientôt deux ans à Carentoir et unanimement appréciée et intégrée. Khadijat Gadjomarova, professeur de chimie, a dû fuir sa région d’origine le Dagestan (qui fait partie de la fédération de Russie) suite aux persécutions de son ex mari. En effet ce dernier, ancien chef d’entreprise, s’est converti an 1998 au mouvement des Wahhabits : groupe islamiste qui prône la violence dans l’action, l’intégrisme dans le dogme et prive la femme de toute liberté.

 


Dès lors, la mère et son fils ont été cloîtrés à leur domicile, en pouvant plus parler à quiconque et ne plus voir leur famille. Cette femme a dû cesser d’exercer son métier d’enseignante. Le divorce prononcé officiellement par l’état Russe aurait dû la protéger, mais il n’est pas reconnu par la loi de la charia des Wahhabits. Dans cette région frontalière de la Tchétchénie, les Wahhabites ont une très forte influence. Ces dernières années, on a noté des tensions entre des écoles soufistes locales (islam natif) et des missionnaires wahhabits venus dans la région rechercher des gens à convertir.

L’expulsion vers le Daguestan constituerait un danger réel pour Khadijat qui risque la mort ainsi que pour son fils qui a déjà subi de nombreux traumatismes.

Actuellement, Khadijat et Magomed sont sous la menace d'un arrêté de reconduite à la frontière prononcé par le préfet du Morbihan. Un recours au tribunal administratif a été déposé par Maître Mélanie Le VERGER. Il est indispensable de mobiliser autour de cette famille pour espérer une issue positive et éviter une expulsion qui pourrait avoir des conséquences dramatiques.

Le collectif du personnel du lycée, des parents d’élèves du Lycée Brocéliande à Guer 56, l'association Sambrana, la FCPE, SGEN, CFDT, SDEN CGT, SNESFSU, SNFOLC, UNSA ont lancé une pétition demandant la régularisation de cette personne et de son fils élève en seconde en section d’enseignement professionnel au lycée de Guer, pour leur permettre de vivre librement sur le territoire Français où ils témoignent d’une intégration réussie.

Venez nombreux nous rejoindre, toutes les marques de soutien sont importantes et comptent. Les prochains rendez-vous : .

- Rassemblement tous les samedi matin à 10h30 place de l'étoîle à Carentoir,

- Manifestation samedi 23 juin place de l'étoîle à Carentoir à 10h30. Vu le déroulement de l'audience au Tribunal administratif, il faut être nombreux pour obtenir un changement d'attitude du préfet.

 

- Si vous avez des idées originales de manifestation ou d'évènement, n'hésitez pas à nous contacter et à les proposer. Il faut maintenir la mobilisation.


 

N'oubliez pas, si ce n'est pas encore fait la pétition sur le site de RESF : http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article4761 et la possibilité d'écrire au préfet (Formulaire présenté dans les documents suivants: Des papiers pour Khadijat et Magomet ).

 

N'hésitez pas à laisser vos commentaires ou mots de soutien en cliquant à la fin de chaque article sur le mot commentaire

Vous pouvez également visionner les deux vidéos des reportages de FR3 bretagne à l'adresse suivante : http://www.dailymotion.com/didier640

Pour couvrir les frais d'avocats et de traducteur assermenté, nous faisons appel à la générosité de tous. Vous pouvez adresser vos dons à : Association Changement de décor - Centre de Ressources - 56380 Guer. Libellez les chèques à l'ordre de : Ass. Changement de Décor.

Les témoignages et mots de soutien

Dimanche 1 avril 2007
Portrait Khadijat et son fils Magomed
Arrivés à Carentoir en octobre 2005, Rhadijat et son fils Magomed ont dû fuir leur pays le Daguestan suite aux violences du mari adepte des wahhabits groupes islamiste qui prône la violence dans l’action. Divorcée, Cette femme de 38 ans n’avait pas d’autres choix que de partir avec son fils, laissant famille et amis pour échapper aux violences et aux séquestrations. Son divorce prononcé au Daguestan ne lui sert à rien dans son pays car son ex mari ne reconnaît que la charia et refuse ce jugement de divorce. Elle raconte son périple: «là-bas c’est trop dangereux, c’est sur Internet que j’ai trouvé un passeur, caché dans un camion avec mon fils et 9 autres clandestins nous sommes partis d’Odessa pour arriver à Paris. Ne sachant ou j’allais, un taxi m’a déposé devant la préfecture de Vannes. Nous avons été orientés vers l’organisme des demandeurs d’asile, pour y remplir les papiers nécessaires puis logés 2 mois dans un camping à Ploemeur avant d’arriver à Carentoir dans un logement prévu pour ce genre de cas.» Agée de 38 ans, cette femme était professeur de chimie, puis a tenu un commerce de vêtements dans son pays. Aujourd’hui, combattante, active, elle est entourée, perfectionne son Français avec assiduité et a intégré l’équipe des restos du cœur de Guer ou elle est appréciée. Courageuse, elle n’hésite pas à se déplacer en stop pour aller chercher des documents à l’autre bout du département. Magomed son unique fils de 17 ans, élève au lycée Brocéliande est orienté en technique, mais il espère retourner vers l’enseignement général pour accéder à des études de droit. Intégré au sein de l’équipe de foot de Carentoir et bien accepté au lycée, discret, très marqué par ce qui lui est arrivé avec son père et le soutien de sa mère, il confie «La manif du lycée m’a touché beaucoup, merci à tous, je n’oublierai jamais.» Les élèves ont récolté 180€ qui serviront pour payer les frais d’avocat lors de la demande d’annulation d’obligation de quitter le territoire.
Tous les deux n’ont qu’un espoir pour leur vie: avoir des papiers et trouver un travail en France. Ils ont le soutien des amis et des organisations, les municipalités de Carentoir et Guer ont apportés leur soutien lors d'un vote à bulletin secret. "Les Français sont très gentils avec moi, je dis merci à tout le monde, ça fait chaud au cœur "conclu Khadijat qui n’ose pas penser au pire.
Magomed 17 ans et sa mère Khadijat 38 ans, sont sous la menace d’une reconduite à la frontière qui coure jusqu’au 12 avril.
Par didier
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Mardi 3 avril 2007

 OUEST France ; Mardi 3 avril.

 

GUER

 

Le conseil vote une motion de soutien aux réfugiés russes

 

Avant la séance du conseil municipal du 30 mars, les élus ont reçu Khadijat Gadjomarova et son fils Magomed Daïtov, ressortissants du Daguestan et menacés d’expulsion, ainsi que les représentants de leur collectif de soutien. Après délibération le conseil a voté par 16 voix pour, 3 contre et 4 votes blancs, une motion de soutien en leur faveur proposée par le maire Jean Luc Bléher. Cette motion sera adressée au préfet.

 

 

 

 Avant le conseil municipal : Khadijat Gadjomarova, son fils Magomed et

les représentants du collectif de soutien.

 

 

 

 

 

 

 

Par didier
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Mercredi 4 avril 2007

 

 

Un jour, on a dû partir,        vite

 

 

Un jour, on a quitté nos proches

 

 

Un jour, on s'est retrouvés tous les deux,        seuls

 

 

Un jour, on est arrivés chez vous

 

 

Un jour, vous nous avez accueilli

 

 

Un jour, vous nous avez aidé

 

 

Un jour, nous nous sommes connus

 

 

Un jour, nous sommes devenus proches

 

 

Un jour, nous nous sommes sentis un peu comme chez nous

 

 

 

 

Mais non

 

 

 

 

Un autre jour, il faudrait s'en aller

 

 

                , il nous faudrait repartir vers le danger

 

 

               ,  il faudrait vous voir pleurer  notre départ,

 

 

      comme l'ont fait nos proches, là-bas

 

 

Un jour, vous n'entendriez plus parler de nous

 

 

Deux français nous reconduiraient à la frontière, sur le bord de notre précipice

 

 

 

 

 

 

Qu'avons-nous fait de mal

 

 

pour ne pouvoir vivre chez vous?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un jour, vous êtes arrivés chez nous

 

 

Un jour, on vous a accueillis

 

 

Un jour, on vous a aidés

 

 

Un jour, nous nous sommes connus

 

 

Un jour, nous sommes devenus proches

 

 

Un jour, chez nous, c'était chez vous

 

 

 

 

Mais non

 

 

 

 

Un autre jour, il faudrait vous en aller

 

 

              , il nous faudrait rentrer à la maison et vous savoir dans un centre   de rétention,

 

 

            , puis, loin de nous, reconduits entre deux flics vers un destin improbable

 

 

          , il faudrait accepter, cautionner, dire que c'est comme ça au pays des Droits de l'Homme

 

 

 

 

 

 

Quel mal ronge notre pays

 

 

pour vous accuser de tous les maux?

 

 

 

 

Par didier
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Mercredi 4 avril 2007

Plus rien,

 

 

Plus de toit

 

 

Plus de famille

 

 

Plus de sécurité

 

 

Juste la peur… que je connaissais déjà…j'ai 15 ans

 

 

 

 

J'arrive ici sans papiers…

 

 

 

 

Puis, une lueur

 

 

Puis, d'autres hommes, rassurants, qui nous aident

 

 

Puis, on se reconstruit

 

 

Puis, on se lie

 

 

Puis, on apprend à vivre dans notre nouveau pays

 

 

 

 

Et puis, notre maison

 

 

Et puis, mon vélo, mon lecteur CD, mes disques, un canapé, un chez moi, ma chambre

 

 

Mon car, mon école, mes copains et mes profs

 

 

Une sécurité retrouvée

 

 

Une confiance au lendemain

 

 

 

 

Et puis, un courrier, un recommandé, un accusé

 

 

Et puis c'est la fin.

 

 

 

 

Il nous faut repartir,

 

 

Des Français nous ont accueillis, d'autres nous chassent,

 

 

Mon petit sac, mes quelques disques, sans le lecteur, à quoi ils vont servir?

 

 

Deux BD, le reste, je ne peux le prendre, ni la place, ni le temps

 

 

Et surtout, ma valise bourrée à craquer de peur, de trouille au ventre d'y retourner

 

 

Le moral et le compteur à zéro, recommencer, encore une fois

 

 

 

 

Mon petit sac, mes 17 ans, mon avenir

 

 

 

 

Mon avenir, mon avenir, mon avenir, mon avenir, mon avenir….

 

 

Par didier
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Mercredi 4 avril 2007

Des Russes à Carentoir, du Daguestan, c'est où?

 

 

Ils parlent bizarre…

 

 

Remarquez, nous aussi, avec notre accent Gallo…

 

 

 

 

C'est marrant de les entendre parler avec ce drôle d'accent

 

 

"Moi allé Super U avec mère"…il faut décoder…

 

 

Et puis, ils sont sympas

 

 

Il paraît qu'ils ont dû partir, pour des problèmes politiques ou autres

 

 

Enfin, peu importe, vous êtes là, on va vous faire un peu de place et vous donner un coup de main

 

 

On a le beau rôle, c'est plus facile de donner que de recevoir…

 

 

Et puis ça nous rappelle ce que c'est que c'est que le partage, la solidarité

 

 

On aurait vite tendance à l'oublier

 

 

On vit à 100 à l'heure et un peu trop pour notre pomme

 

 

Merci de nous rappeler tout ça, c'est une grande partie de notre dignité humaine

 

 

 

 

Maga et Khadijat, il y aura toujours de la place pour vous

 

 

De la place, ici, ça ne manque pas,

 

 

Il y a plus de vaches (hollandaises) et de cochons (chinois) que de bons hommes ici

 

 

Des milliers de dindes, des centaines de milliers de poulets et on ferait tout un foin pour deux humains qui ont commis l'erreur d'être nés trop loin de Malestroit?

 

 

 

 

C'est une blague?

 

 

 

 

Il paraît que vous seriez gênant, dans vos 30 m2

 

 

Que les étrangers, c'est dangereux

 

 

Qu'ils mangent le pain des français

 

 

 

 

Vous seriez reconduits à la frontière, qu'allez-vous devenir?

 

 

Le portable, ça marche, une fois plus en France, on aura de vous nouvelles?

 

 

 

 

Non, on ne peut pas accepter ça,

 

 

Non, on demande à ce que vous restiez,

 

 

Non, de nulle part ou d'ailleurs, vous êtes arrivés chez nous et il n'y a aucune raison de vous voir repartir la mort dans l'âme.

 

 

 

 

Maga et Khadijat, il n'y a plus de place pour vous

 

 

De la place, ici, ça ne manque pourtant pas,

 

 

Mais il y aura toujours plus de vaches hollandaises et de cochons chinois que de bons hommes en détresse ici

 

 

Des milliers de dindes, des centaines de milliers de poulets mais on ne fera pas tout un foin pour deux humains qui ont commis l'erreur d'être nés trop loin de Malestroit.

 

 

 

 

Merci de nous avoir rappelés ce que c'est que c'était que le partage, la solidarité

 

 

On retournera vers notre oubli

 

 

On vivra à 100 à l'heure et un peu trop pour notre pomme

 

 

On se souviendra qu'un jour, tel un flash, on avait appris ce qu'était la dignité humaine

 

 

Par didier
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Vendredi 6 avril 2007

 

Je vous reproduis ci-dessous un message sympa de RIDAN qui vient de sortir son deuxième album. Il sera en tournée dans toute la France à compter du 26 avril voici les dates de l'Ouest :

Le 18 mai 2007 à 19h Le Diapason à Rennes

Le 19 mai à 19h Le Vauban à BREST

Le 23 Mai à 0h FNAC NANTES (Rencontre avant concert)

Le 23 Mai à 19h Olympic à NANTES

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Ridan, après un premier album "Le rêve ou la vie" en 2003 soutenu par France Inter, qui avait connu un énorme succès, le nouvel album devrait connaître la même audience. Dans "L'ange de mon démon", il reprend des thèmes qui lui tiennent à coeur liés à l'évolution de la société, les racines, et bien sur l'immigration et l'intégration. "Rentre chez toi" traduit certainement avec beaucoup de justesse la situation que vivent Khadijat et Maga mais aussi beaucoup d'autres sans papiers. Pour plus d'informations et découvrir quelques morceaux deux adresses :

- http://www.ridan.com/

- http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendid=153242280

Merci Ridan, de ce mot de soutien et poursuit sur cette route de la tolérance et de l'amour.

 

 

 

Mail :

        

 ridan

 

Date : 06 avr. 2007, 06:51

Sujet : RE: Appel à soutien

Salut Didier,

Effectivement votre cause est noble et de surcroît juste et indispensable, drôle de monde dans lequel nous vivons aujourd'hui...Comme vous le savez sans doute, je ne suis pas disponible en ce moment car en préparation des tournées, pour bien évidement défendre aussi les causes qui me sont chères, et notament la votre pour faire de ce "Rentre chez toi" un "Bienvenue chez moi"

Paix et Courage
ridan

Rentre chez toi

J'ai pas trouvé mon chemin, j'ai pas trouvé ma voie

J'ai pas trouvé les mots pour devenir quelqu'un de bien

J'ai volé un dico pour bien causer la France

Pas besoin d'être Rimbaud pour bien comprendre qu'on veut pas de toi

J'ai pas non plus ma place dans cet appartement

Je crois que mon appartenance nuit encore plus que mon odeur

Je veux pas être l'inconnu qui t'offre des bouquets de fleurs

J'ai la couleur du beur que la ville tranforme en balayeur

J'ai longuement hésité à refaire mes bagages

Ici les gens sont fous et ne se nourrissent que de rage

Il faudrait qu'on leur dise combien nous sommes chez nous

Qu'avec ou sans papiers, de toute manière c'est patout chez moi

J'aurai pu être blanc

J'aurai pu être noir

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez moi

Rentre chez toi

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez moi

J'aurai pu être jaune

J'aurai pu être rouge

Rentre chez toi

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez toi

J'aurai pu être blanc

J'aurai pu être noir

Rentre chez toi

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez moi

J'aurai pu être jaune

J'aurai pu être rouge

Rentre chez toi

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez toi

La vie est un échec , ma vie n'était qu'un jeu

Où il vaut mieux être roi que jeune de banlieu

J'en parle à l'imparfait mais le temps ne change plus

Le passé m'a fait mal et le futur ne m'a pas plu

J'ai le choix entre la rue et les promesses volées

On construit de nos mains l'empire de nos aînés

Mieux vaut qu'on fasse sans toi au risque de vivre dehors

Mieux vaut qu'on fasse sans toi chaque seconde c'est de l'or

Pas le temps pour être heureux c'est aujourd'hui demain

Nous batirons tout seul l'avenir de nos prochains

C'est pas l'ANPE qui va me filer du pain

La France, je la beugère, soit le bienvenu chez moi.

J'aurai pu être blanc

J'aurai pu être noir

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez moi

Rentre chez toi

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez moi

J'aurai pu être jaune

J'aurai pu être rouge

Rentre chez toi

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez toi

J'aurai pu être blanc

J'aurai pu être noir

Rentre chez toi

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez moi

J'aurai pu être jaune

J'aurai pu être rouge

Rentre chez toi

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez toi

Bienvenu chez toi

Rentre chez toi

Bienvenu chez toi

C'est pas ton bout de papier qui va me dire où c'est chez moi

La terre de ma terre, c'est partout où je met les pieds

Qu'ils soient noirs ou qu'ils soient rouges, sincèrement, je m'en fiche

Dans la bêtise de ce monde j'aurai mieux fait d'être riche

J'aurai pu être blanc

J'aurai pu être noir

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez moi

Rentre chez toi

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez moi

J'aurai pu être jaune

J'aurai pu être rouge

Rentre chez toi

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez toi

J'aurai pu être blanc

J'aurai pu être noir

Rentre chez toi

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez moi

J'aurai pu être jaune

J'aurai pu être rouge

Rentre chez toi

J'aurai pu être ce qu'on veut

De toute manière ici c'est chez toi

Bienvenu chez toi

Rentre chez toi

Bienvenu chez toi

Par didier
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Dimanche 8 avril 2007
Cummuniqué adressé à des artistes. Si vous avez des contacts avec des chanteurs, groupes, comédiens, écrivains ... nhésitez pas à leur adresser ce message:
"Appel à soutien d'artistes
A tous les artistes qui se sentent concernés par la situation des sans papiers : pourriez vous relayer dans votre entourage la situation de Khadijat et de Magomed, une mère et son fils qui ont fui le Daguestan et un mari et père devenu intégriste islamique. Le préfet du Morbihan a prononcé leur reconduite à la frontière. Un retour dans leur pays signifierait une mort quasi certaine pour Khadijat et de nouveaux traumatismes pour Magomed. Nous avons lancé un blog de soutien : http://nonauxexpulsions.over-blog.com/, il y a également une pétition en ligne sur le site RESF : http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article4761
Cette pétition est ouverte à tous mêmes si les pétitions papiers auront plus de valeur.
Nous organisons début mai ( Le 4 à priori) un concert de soutien avec des musiciens de la région et nous espérons pouvoir à cette occasion pouvoir lire quelques messages de soutien de groupes ou chanteurs connus au niveau national. Ridan, nous a adressé un petit mot sympa, et j'espère ue vous serez sensible à la cause que nous défendons, Blankass fera également un courrier et l'un des membres du collectif, le rencontrera lors de son concert samedi prochain à Chateaubriant (44) qui se trouve à une soixantaine de kilomètres de Carentoir (56) ou réside cette famille du Daguestan.

Merci d'avance pour Khadijat et Magomed."
Par didier
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Lundi 16 avril 2007

Tous les membres de Blankass ont signé la pétition de Khadijat et Magomed

 Le 5 ème album de blankass sera un live, il a été enregistré samedi 14 avril au théatre de verre à Chateaubriant avec la participation de 500 spectateurs. A cette occasion, le groupe contacté par le collectif de soutien à Khadijat et Magomed, a signé, au complet, la pétition demandant au préfet de revenir sur sa décision et de régulariser la situation de cette famille désormais Carentorienne. Sensibilisé dans un passé récent à cette cause Le groupe et plus particulièrement Guillaume le chanteur ont déjà activement participé à des actions visant à obtenir la régularisation de familles se trouvant dans des situatiobs très difficiles. Les rockeurs ont du coeur ! Prochainement, nous devrions recevoir un courrier de soutien que le groupe n'a pu rédiger jusqu'à présent en raison de la préparation de ce concert qui a permis l'enregistrement d'un album live et d'un DVD.
Par didier
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Mercredi 2 mai 2007

Vous trouverez ci-dessous le courrier de M. Bernard Poignant adressé à M. Le Préfet du Morbihan pour soutenir la démarche de Khadijat et Magomed. Merci M. Le Député Européen.

Vu la maigre qualité du scan, voici le contenu du courrier :

Monsieur le Préfet,

Mon attention a été attirée sur la situation de Madame Gadjomarova, professeur de chimie et

de son fils Magomed actuellement réfugiés dans votre département.

Les informations qui m'ont été communiquées m'incitent à soutenir toutes les démarches

faites pour que ces personnes qui ont fui le Daghestan, suite aux persécutions d'un homme, en

l'occurrence le mari et le père, converti à la religion des Whahhabits.

En effet, membre du Parlement européen, je ne peux rester indifférent à la situation des

femmes qui subissent le fondamentalisme religieux. En effet, le respect, la promotion et la

protection des droits de l'homme constituent l'acquis de l'Union européenne et sont une des

pierres angulaires de la coopération européenne. Les droits de la femme, inscrits dans les

traités et dans les conventions internationales, ne peuvent être limités ni transgressés en se

réclamant d'interprétations religieuses, de traditions culturelles, de coutumes ou de

législations.

En l'espèce, compte tenu du risque de mort pour Madame Gadjomarova si elle devait

retourner dans son pays, il me serait agréable que vous puissiez reconsidérer la situation de

cette famille qui, d'un point de vue humain, me paraît digne d'intérêt et de lui accorder un

titre de séjour qui lui permettra de vivre et de travailler en France.

Restant à votre disposition,

Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'expression de ma considération distinguée.

Bernard Poignant

Par didier
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Vendredi 4 mai 2007

Voici un communiqué de RESF sur la situation des réfugiés en France et le "tri" effectué par l'OFPRA.

Bonjour

Lors des dernières réunions, certains se sont étonnés du faible taux
d’asile accordé par l’OFPRA … moins de 8% en 2006 ! ce qui place la
France bien loin de sa réputation de Terre d’Accueil, et fait du terme «
Patrie des Droits de l’Homme » un terme maintenant trop souvent galvaudé
par la triste réalité.

Pour plus d’information sur les tristes dérives de *l’OFPRA qui n’a plus
de* *Protection* des Réfugiés et Apatrides *que le nom*, nous renvoyons
au très bon article de Catherine le Gall, qui a officié au sein de
l’OPFRA avant de se dire … ‘’ /Il devient déprimant d’être une machine à
fabriquer des sans-papiers. Partir devient une nécessité’’/

http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article3292

 

L’Express : « Je ne veux plus trier les réfugiés »

 

L’Express du 19/01/2006
www.lexpress.fr...

« Je ne veux plus trier les réfugiés » par Jacqueline Remy,
Catherine Le Gall

Catherine Le Gall, qui signe ce récit, a travaillé deux ans à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) avant de se convertir, récemment, au journalisme. Il s’agit donc d’un témoignage, subjectif et intense. Nous avons décidé de le publier parce qu’il illustre, mieux peut-être que toutes les enquêtes, le monde de Kafka dans lequel sont plongés les demandeurs d’asile et ceux qui traitent leurs dossiers. Certes, la France ne peut accueillir, selon l’expression consacrée, toute la misère du monde. Mais, souvent insuffisamment formés, exhortés à « faire du chiffre », les agents de l’Ofpra sont confrontés à l’obligation de pratiquer un tri cruel et parfois arbitraire selon des critères pas toujours explicites. Au moment où le gouvernement prépare une nouvelle loi sur l’immigration alors que l’Europe des 25 tente d’élaborer des règles d’asile communes et où il entend rendre plus strictes les conditions de l’obtention du statut de réfugié, ce récit du quotidien d’un agent, vu de l’intérieur, démontre la complexité et les difficultés concrètes d’une application juste et cohérente du droit d’asile

Un témoignage exclusif Le visage sérieux et concentré, droits comme des petits soldats, nous écoutons attentivement le discours de bienvenue du directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. « Nous avons reçu 60 000 demandes d’asile l’année dernière. Le délai de traitement des dossiers est actuellement de onze mois, l’objectif est de passer à deux mois », explique-t-il aux 150 nouvelles recrues, en cette matinée de janvier 2003. Pendant deux ans, jusqu’à ma démission, j’ai assisté à la préparation puis à l’application de la réforme du droit d’asile. Au poste d’officier de protection, je recevais les dossiers des demandeurs et je les convoquais en entretien afin de leur reconnaître ou non le statut de réfugié politique. « Il ne faut pas parler d’unités de déstockage », martèle mon chef de service. Et pourtant, la nouvelle armée d’officiers de protection est chargée d’épurer les 30 000 dossiers en attente. En guise de mise en jambes, la hiérarchie a décidé que nous devions nous exercer avec des procédures courtes : des demandes dont le récit n’apparaît pas suffisamment crédible pour que l’on reçoive le demandeur en entretien. Pour ces dossiers, triés par un collègue expérimenté, il n’y a pas de doute possible, la réponse est non. A peine le temps de réaliser que je vais m’occuper des demandes d’asile en provenance de la République démocratique du Congo et de la Mauritanie, me voici face à mes dossiers. Toute à ma mission de protection, j’ouvre le premier et je découvre un visage. Il est congolais, il a 35 ans, son regard est plein d’espoir. Qui a-t-il laissé derrière lui ? S’est-il endetté pour faire ce voyage ? Inutile de me poser la question. Son destin est scellé : je dois rejeter sa demande. Il n’a même pas le droit de se défendre lors d’un entretien. La conduite à tenir est tracée : lire le dossier, relever les incohérences du récit, estimer qu’il n’est pas suffisamment détaillé. « J’étais officier dans l’armée de Mobutu, a écrit le demandeur. Lorsqu’il a quitté le pouvoir, les partisans de Kabila ont pillé ma maison, violé ma femme et ma fille. J’ai pu fuir par une fenêtre, je me suis caché chez ma tante et elle m’a aidé à quitter le pays. Je ne peux pas retourner à Kinshasa, où je risque d’être assassiné par le nouveau régime. » La sentence, toujours la même, tient en une seule et même formule : « Les déclarations de l’intéressé, peu personnalisées et non circonstanciées, ne permettent pas d’établir la réalité des faits énoncés ni la nature des craintes évoquées. La demande d’asile est donc rejetée. »

Dossier suivant. Autour de moi, dans l’open space, mes collègues produisent des rejets à la chaîne. Je m’interroge. Dans quelles circonstances les demandeurs ont-ils rempli leurs dossiers ? A peine arrivés en France, ils doivent foncer à la préfecture pour obtenir une autorisation provisoire de séjour (aujourd’hui, trois semaines). Ils n’ont qu’un mois pour envoyer leur dossier à l’Ofpra. Pour eux, la course commence : trouver un logement, déclencher les allocations dont ils bénéficieront pendant un an et, l’essentiel, préparer leur demande d’asile. Bien sûr, ils ne parlent pas français. Bien sûr, ils n’ont pas apporté tous les documents qui prouvent les persécutions qu’ils ont subies puisqu’ils ont fui. Alors que font-ils ? Ils se tournent vers leur communauté. Et ils paient 30 euros pour la traduction d’une page ou la fabrication d’une histoire type, censée leur permettre de décrocher le statut de réfugié politique, 50 euros pour une fausse pièce d’identité ou un diplôme bidon. Droit d’asile : la réforme

France, terre d’asile ? Confrontés au plus gros afflux en Europe de candidats au statut de réfugié - 60 000 en 2005 - les pouvoirs publics accélèrent le traitement des dossiers. Et réduisent les possibilités et les délais de recours. Avec la réforme du droit d’asile entamée en 2003, un étranger ne dispose plus que de vingt et un jours (contre un mois auparavant) pour déposer son dossier, rédigé en français, auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Si le candidat est originaire d’un pays réputé « sûr » ou si sa demande ne semble pas reposer sur des persécutions fondées, le cas peut être examiné en quinze jours, voire en quatre-vingt-seize heures quand le demandeur est placé en centre de rétention.

En 2004, 11 292 personnes ont obtenu le statut de réfugié - qui donne droit à une carte de résidence de dix ans - ou ont bénéficié d’une « protection subsidiaire ». Ce qui leur ouvre une autorisation de séjour d’un an, renouvelable. En cas de rejet, le demandeur d’asile a un mois pour faire appel auprès de la Commission de recours des réfugiés. Un prochain décret devrait ramener cette durée à quinze jours. Un « délai intenable », selon les associations d’aide aux étrangers. La durée moyenne du traitement d’une demande est ainsi passée de deux ans en 2002 à huit mois aujourd’hui. Mot d’ordre : « déstocker » les milliers de dossiers en souffrance.

Les autorités comptent également inciter les candidats à résider dans les Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada). Faute de quoi, ils seraient privés de l’allocation temporaire d’attente (280 euros par mois pour un adulte). Par ailleurs, une récente note d’instruction, émanant des ministères de l’Intérieur et de l’Emploi, demande notamment aux préfets d’améliorer « le taux de rotation dans les Cada ». En clair : ramener la durée de séjour moyenne de dix-huit mois actuellement à neuf ou dix mois. Disposant de 17 000 places, ces centres hébergent 18% de personnes déboutées du droit d’asile et donc susceptibles d’être reconduites à la frontière. La note d’instruction recommande d’ailleurs d’ « assurer l’éloignement effectif de ces déboutés ». « Va-t-on pousser à la rue ou expulser des familles avec enfants qui sont en France depuis plusieurs années ? » s’interroge, inquiet, Patrick Delouvin, d’Amnesty International. La pression sur les déboutés du droit d’asile, qui, pour la plupart, deviennent clandestins, devrait s’accroître dans les mois à venir : Nicolas Sarkozy a d’ores et déjà annoncé l’objectif de 25 000 expulsions pour 2006.

par Boris Thiolay « On descend en box »

Certains, venus en France pour des raisons économiques, profitent de ces récits fabriqués de toutes pièces. Mais d’autres ont réellement souffert, ayant été persécutés parce qu’ils sont militants politiques, homosexuels ou journalistes. Comment les distinguer des autres ? Ils sont passés par le même réseau. Ils dictent leur récit à un compatriote qui, parfois peu scrupuleux, invente une autre histoire. Ne parlant pas la langue, ils ne perçoivent pas la supercherie. Leur dossier en poche, ils envoient le tout à l’Ofpra. Moi, jeune officier de protection, je sais qu’on ne peut pas déterminer, à sa seule lecture, si le demandeur d’asile a réellement souffert ou non. Je sais que je devrais le recevoir et l’écouter pour savoir s’il a écrit la vérité. Pourtant, il faut « déstocker ». Mon chef a reçu l’instruction de faire du chiffre. Alors je fais du chiffre. Je rejette la demande de personnes qui, peut-être, craignent la mort dans leur pays.

Nul, dans la hiérarchie, ne remet en question la manière dont sont traités les dossiers. Nous sommes seuls face à nos cas de conscience. Et à notre méconnaissance du terrain. A mon arrivée, j’ai reçu une « fiche pays » censée contenir les informations essentielles pour prendre une décision. A savoir : une chronologie sommaire et quelques lignes sur les partis politiques d’opposition, le profil des personnes susceptibles d’être persécutées et la nature de ces sévices. Je vais bientôt recevoir les premiers demandeurs d’asile en entretien. Pour me préparer, j’observe des collègues plus expérimentés. Selon la formule consacrée, « on descend en box ». Le lieu n’est pas franchement accueillant : entre 2 et 3 mètres carrés, parfois sans fenêtre, une table et trois chaises. Il est 9 heures pétantes, j’accompagne une collègue qui a convoqué trois personnes dans la matinée. Elle est jeune, n’a qu’un an et demi de métier et, pourtant, elle est lasse. Elle part chercher le demandeur dans la salle d’attente : « N° 58. » Un Mauritanien se lève : jean, baskets, sourire timide. Il s’assied face à nous, face au vide. Ma collègue ne le regarde même pas. Elle vérifie son état civil, lui demande de raconter son histoire, pose des questions sans lever le nez de la feuille sur laquelle elle prend tout en note. Le jeune homme m’interroge du regard.

Avez-vous quelque chose à ajouter ? » demande ma collègue. La question clôt une demi-heure d’entretien. Au suivant : « N° 60. » J’espère ne jamais finir comme elle. Heureusement, un autre officier de protection me donne de l’espoir. Souriante, douce, à l’écoute, elle laisse d’abord le demandeur raconter son histoire avant de poser des questions : « Vous dites avoir été militant à l’UDPS [Union pour la démocratie et le progrès social], quelle est l’idéologie de ce parti ? » Puis : « Vous dites avoir été arrêté par la Division spéciale présidentielle le 18 avril 2000, pouvez-vous me décrire votre interpellation ? » Il nous regarde droit dans les yeux, nous répond avec aplomb, paraît assuré. Je regarde ma collègue, qui l’écoute avec attention. « Merci monsieur. L’entretien est fini. Vous recevrez la réponse de l’Ofpra dans les quinze jours. » Elle se lève. Je la suis, en proie au doute. Est-ce qu’elle va lui reconnaître le statut ? Je lui pose la question. Elle me regarde en souriant : « Non. Il ne peut pas avoir été arrêté par ces forces armées. Elles ont été dissoutes en 1997. » Je reste interdite : comment vais-je réussir à engranger autant d’informations ? Le week-end, je cours m’acheter des livres sur la Mauritanie et la République démocratique du Congo. Le jour du premier entretien arrive. Une question m’obsède : comment vais-je démêler le vrai du faux ? Suis-je assez informée pour poser les bonnes questions et déterminer si le demandeur dit la vérité ? Et où trouver l’information ? Sur Internet ? Impossible : nos terminaux ne sont pas connectés. Auprès des anciens collègues ? Difficile : nous avons l’ordre de ne pas les déranger. A la documentation ? Compliqué : la bibliothèque est ridiculement petite et les documentalistes sont trop peu nombreux. Quant à solliciter les Affaires étrangères, notre ministère de tutelle, j’ai vite abandonné l’idée après l’avoir soumise à mon chef. « Vous n’y pensez pas. » Le débat était clos. Il faut faire du chiffre, sinon c’est la porte

Au bout de quelques mois, il faut bien se rendre à l’évidence : les agréments se font rares et certains dossiers sont montés de toutes pièces. Souvent, obtenir le statut de réfugié politique est la seule solution pour avoir des papiers en France. Tous les matins, devant le bâtiment, ils sont une centaine à faire la queue pour défendre leur cause. Seuls 10% d’entre eux obtiendront le statut. Pourquoi ? Parce que la plupart sont en France pour des raisons économiques. C’est la misère qui les a poussés à fuir leur pays. A nous de faire le tri : oui pour celui-ci, non pour celui-là. Nos critères juridiques sont inscrits dans la convention de Genève écrite en 1951, qui stipule : « Le terme de réfugié s’appliquera à toute personne craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. » Notre mission est de vérifier si la personne appartient à l’une de ces cinq catégories et de prouver qu’elle a réellement été persécutée. Une question me taraude : est-ce que toutes les conditions sont réunies pour prendre des décisions justes ? Chaque officier de protection rencontre plus de 300 demandeurs d’asile par an. 70% d’entre nous sont dans une situation précaire : un contrat d’un an, renouvelable... s’ils atteignent les objectifs. A savoir : écumer 2,2 dossiers par jour, pas un de moins ! Il faut aller vite, faire du chiffre. Sinon, c’est la porte ! Nous avons tous entre 25 et 30 ans, des projets de vie : trouver un logement, avoir des enfants, partir en vacances. Et, tous les ans, au mois de décembre, nous attendons le verdict : notre contrat est-il renouvelé ou bien allons-nous devoir pointer aux Assedic ? Pour éviter de se poser la question, quelques officiers de protection traitent les dossiers mécaniquement et remplissent les feuilles de statistiques mensuelles sans trop réfléchir. Du coup, les dossiers sont étudiés différemment suivant le caractère de chacun. Par exemple, lorsque les demandeurs ne viennent pas à l’entretien, je téléphone à la préfecture pour savoir s’ils n’ont pas changé d’adresse, car ils sont nombreux à ne pas avoir de logement fixe. Or certains de mes collègues pensent que ce coup de fil est une perte de temps, multipliée si le demandeur vient en entretien, et ils préfèrent considérer que celui-ci n’a pas daigné se déplacer : ils lui refusent l’asile et l’affaire est classée. 3 questions à Jean-Loup Kuhn-Delforge, directeur de l’Ofpra

Peut-on traiter correctement les dossiers des demandeurs d’asile quand on est soumis à l’obligation de « faire du chiffre » ? Si l’on veut lutter contre les filières d’immigration clandestine qui détournent le droit d’asile, il faut traiter rapidement les dossiers. Nos effectifs, 450 agents, ont doublé depuis cinq ans. 2,2 dossiers à traiter par jour et par officier de protection, c’est une moyenne. Certains sont d’une extraordinaire complication, par exemple les demandes tchétchènes, mais d’autres sont d’une extraordinaire simplicité.

Les officiers de protection, qui prennent des décisions lourdes, semblent souvent jeunes et insuffisamment formés... Nous les recrutons avec, au minimum, un DEA de droit, souvent centré sur les questions humanitaires. Beaucoup ont eu des expériences dans les ONG. Le budget de la formation a doublé en 2006 par rapport à 2005, et nous organisons des conférences sur les pays traités. Par ailleurs, l’officier de protection n’est pas seul. Il a auprès de lui une hiérarchie qui l’aide dans son travail.

Le raccourcissement général des délais permet-il vraiment aux demandeurs de présenter un dossier étayé ? Trois semaines pour déposer une première demande, c’est suffisant. Depuis 2003, nous sommes obligés de voir individuellement tous les demandeurs d’asile et le dossier écrit n’est plus central. L’essentiel, c’est l’entretien. En revanche, il est question de ramener le délai de un mois à quinze jours pour les recours (90% des demandeurs sont déboutés au premier examen, et 80% d’entre eux en déposent un). Quinze jours, c’est la moyenne en Europe.

Pour moi, le cas le plus difficile a été celui d’un Mauritanien qui habitait à la frontière du Sénégal. A peine 25 ans, vêtu d’un boubou traditionnel bleu pâle, il est entré dans mon box sans oser me regarder. Il s’est assis et, les yeux pointés sur ses chaussures, il m’a raconté son histoire en peul, tandis que l’interprète traduisait. Marabout, son père enseignait l’islam dans une école coranique. En 1989, lorsqu’un conflit éclata entre le Sénégal et la Mauritanie, les Négro-Mauritaniens furent la cible des Maures au pouvoir. L’armée fit alors irruption dans le village peul pour confisquer les quelques richesses des habitants. Le demandeur explique que son père a résisté, puis il ne trouve plus les mots pour poursuivre. Il a honte, plonge son regard vers le sol. « Les militaires lui ont demandé... », commence-t-il. La suite ne vient pas. Je lui demande, le plus doucement possible : « Que s’est-il passé ? » Il lâche : « Ils lui ont demandé de se déshabiller devant nous et ses élèves. » Je ne m’attendais pas à cela : c’est humiliant, soit, mais pourquoi paraît-il si affecté ? Il explique que la réputation de son père est ruinée. Sa famille a quitté le village. Et n’y reviendra jamais. Son visage s’affaisse, il a tout dit. A la sortie du box, je me tourne vers l’interprète : « Qu’y a-t-il de si violent dans cette agression ? » Il me rétorque, droit dans les yeux : « Il n’y a rien de pire pour un marabout que d’être dégradé ainsi devant toute sa famille. Il est très pudique, il porte des boubous qui ne dévoilent que ses mains. Même sa femme ne l’a jamais vu nu. Sa réputation est anéantie et son fils, dont le destin est de prendre sa suite, ne pourra jamais assumer ses fonctions. C’est terrible », conclut-il, abattu. Je comprends mieux. Je propose de reconnaître le statut à cet homme et me bats pour que ma hiérarchie comprenne les enjeux culturels de ces persécutions. Réticent au départ, mon chef cède face à ma détermination. Là encore, je mesure l’importance du hasard : si un autre officier de protection avait traité le dossier, il n’aurait peut-être pas eu le statut.

Un an a passé. Le renouvellement des contrats a été dur : mes collègues et moi, nous nous sommes battus pour dénoncer la difficulté de travailler correctement. Sanction : trois d’entre nous ne sont pas reconduits, une collègue et moi-même ne sommes renouvelées que six mois. Je suis déçue par l’institution : j’ai cru à ma mission, j’ai défendu mes dossiers et, pour toute reconnaissance, je n’ai qu’un contrat de six mois. Pour ma deuxième année, changement radical : je suis bombardée, sans qu’on m’ait consultée, à la demande d’asile asiatique. Pakistan, Sri Lanka, Inde, Mongolie, Bangladesh, voilà mes nouvelles destinations. Pas le temps de faire le deuil de l’Afrique, on m’apporte les nouveaux dossiers. Comment peut-on être affecté sur une zone du monde que l’on ne connaît pas ? L’office ne voit pas le problème. Moi, si. Langues, codes, gestuelle, culture, repères différents, j’ai l’impression de débarquer sur une autre planète : pour acquiescer, les Sri Lankais et les Indiens secouent la tête de gauche à droite, comme s’ils disaient non. Les Bangladais racontent leur histoire comme s’ils la récitaient. Certains Pakistanais ne regardent pas les femmes dans les yeux lors des entretiens et il vaut mieux ne pas s’habiller trop court. Les dix pages des fameuses « fiches pays »

En à peine un mois, il faut connaître la situation politique d’une dizaine de contrées. Mission impossible lorsque, pour toute documentation, on nous distribue les dix pages des fameuses « fiches pays ». Un dossier sri-lankais en main, je fonce voir mon chef : « Un Tamoul prétend avoir été persécuté par la police du LTTE [Tigres de libération de l’Eelam tamoul]. Qu’est-ce que je dois faire ? » « Il n’y a pas de police au LTTE », affirme-t-il, l’air amusé de ma naïveté. Sa réponse me surprend. Je cours voir une collègue qui connaît très bien le pays. « Mais bien sûr que si, dit-elle, le LTTE a une police. D’ailleurs, tu peux lire cet article », ajoute-t-elle en me tendant un article du Times sur le sujet. A qui puis-je faire confiance ? Pour lutter contre mon ignorance, je m’installe dans le bureau de deux spécialistes, l’un sur l’Inde et le Pakistan, l’autre sur le Sri Lanka. Ainsi encadrée, j’ai l’impression de diminuer ma marge d’erreur. J’essaie de comprendre la réalité de ces nouveaux pays, je me sens démunie. Comment être crédible et rassurer quelqu’un quand on n’a aucune idée de la situation dont il parle ? Je me sens en totale insécurité. Il m’est difficile d’apparaître décontractée et souriante. Plus je constate ma difficulté face aux demandeurs, plus je me fige. Il m’arrive de les couper au milieu de leurs phrases à force d’exaspération. J’ai honte de moi, je ne me reconnais plus. Je me documente, mais comment connaître le plan de la capitale de chaque pays, le cours de la monnaie, l’idéologie de chaque parti, l’organisation de chaque gouvernement ? Je parle avec mes collègues de bureau. Ils essaient de me rassurer, mais je me sens incompétente. Heureusement, certains d’entre eux ont gardé la foi et échanger avec eux m’apaise. L’office m’a usée : chaque histoire humaine est dramatique, quelles que soient les raisons qui ont poussé les personnes à quitter leur pays. J’ai en face de moi des demandeurs clochardisés, qui ont passé la nuit dehors. D’autres paient un loyer démesuré pour avoir une paillasse dans un 20-mètres carrés insalubre et surpeuplé. Dans le box, ils défendent leur avenir, celui de leur famille restée au pays. Leurs yeux espèrent, leurs mains se tordent et leur voix supplie. Et moi, qui ai le pouvoir de faire basculer leur destin, je deviens insensible à toute cette misère. Je sais que mon comportement est préjudiciable aux demandeurs. Au mois de janvier, j’ai enfin l’occasion d’exprimer ma colère. Je participe à une grève inédite : il s’agit du premier mouvement qui rassemble les salariés de l’office, ceux de la commission de recours des réfugiés (la cour d’appel de l’office) et les avocats qui défendent les requérants. Nous sommes tous réunis sous un mot d’ordre : « Asile en danger ». Les rapporteurs de la CRR confient leur dégoût durant l’accueil fait aux demandeurs. Des familles entières attendent, assises à même le sol, dans les couloirs. Le nombre de dossiers à traiter par séance est tel qu’ils ont à peine le temps de les étudier. Une histoire semblable à toutes les autres

Quelques dossiers exceptionnels me redonnent espoir. Par exemple, ce demandeur qui dit appartenir à la communauté biharie, un grand classique des dossiers bangladais. Originaires de l’Etat musulman du Bihar, ses membres ont choisi de s’exiler au Pakistan oriental (le futur Bangladesh) lors de la scission entre l’Inde et le Pakistan. Là-bas, ils ont occupé des postes à responsabilité jusqu’à la guerre d’indépendance, durant laquelle ils ont été maltraités par la population parce qu’ils soutenaient l’armée pakistanaise et étaient considérés comme des traîtres. Aujourd’hui, les Biharis sont exclus de la citoyenneté bangladaise et ils sont parqués dans un camp au centre de Dacca, où ils vivent dans le dénuement le plus total. Le jour de l’entretien, le demandeur est arrivé triste et voûté. Il m’a raconté son histoire, semblable à toutes les autres : humiliations quotidiennes et viol de sa femme. Il pleure, gémit. La routine. Je lui pose une question ou deux, brutalement. L’interprète lui demande sans cesse de parler bengali et non ourdou, la langue de sa communauté. Je m’interroge : peut-être celui-ci est-il réellement bihari ? Je ne veux pas passer à côté de cet homme. Je le reconvoque. Fait rarissime, il est vraiment bihari. Il nous explique ses conditions de vie dans le camp de Mohamedpur, où tous ses compatriotes sont parqués, la misère et les persécutions quotidiennes, la débrouille et finalement le viol de sa femme. Il est brisé, il sanglote. J’ai la gorge serrée. Je me tourne vers l’interprète : elle pleure en silence. Je respire un grand coup. Mais je n’arrive pas à me retenir. C’est la première fois. Lorsqu’une femme congolaise m’avait raconté son viol collectif par des soldats rwandais, j’étais sortie du box sous le prétexte de lui ramener un verre d’eau. Aujourd’hui, cet homme dégage tant de désespoir que l’interprète et moi sommes dévastées. Un quart d’heure après, il faut repartir en entretien. Je tombe sur une femme qui prétend appartenir à une minorité ethnique persécutée, mais elle en parle avec un tel mépris que, en quelques minutes, je me rends compte que c’est impossible. L’interprète est crispée. Dans l’ascenseur, elle raconte qu’elle-même appartient à cette minorité et qu’elle a dû fuir son pays à 12 ans.

Etape suivante : défendre le dossier. Ma chef estime que cet homme peut rentrer dans son pays parce qu’il n’a pas à craindre la mort. Je ne cède pas et j’obtiens gain de cause. Quelques semaines plus tard, l’une de mes collègues se plie, pour un cas similaire, aux arguments de la hiérarchie ; le demandeur n’a pas été reconnu réfugié. La routine s’installe : entretien puis rejet. Il devient déprimant d’être une machine à fabriquer des sans-papiers. Partir devient une nécessité. Catherine Le Gall

jeudi 19 janvier 2006.



  *Complément de cet article, un livre nouvellement sorti * « Droit
  d’asile au NON de quoi ? » de Clémence Armand

Par didier
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